HAaaa les joies de la vie en voilier. Oubliez la carte postale ciel étoilé, vents parfaits, vacances forever, soleil couchant, baignades et autres clichés. La vie à bord d’un voilier de voyage c’est d’abord une vie de contraintes et un peu de bons moments ( quand même ! ). C’est difficile de raconter une journée type, car la vie en navigation et la vie en cabotage n’est pas la même. Malgré tout, je vais tenter de vous représenter le plus fidèlement à quoi ressemble nos journées et surtout, comment s’organise le quotidien.

Quand on est au port

Quand nous sommes au port, nous passons le plus clair de notre temps à réparer et entretenir le bateau. C’est le moment où le bateau est le plus en sécurité, donc le moment de démonter ce qui doit l’être. La vie au port est balancée entre un sentiment de sérénité de “yes ! A nous le repos, les visites, les douches illimitées et les resto !” et le stress de “ok, donc c’est maintenant qu’il faut entamer la To Do list des 20 trucs à faire pour le bateau avant qu’on parte…” Si on reste moins de 3 jours au port, on sait déjà d’avance qu’on ne verra rien d’autre que notre ponton. En revanche, on deviendra meilleur copain avec le voisin si il est bricoleur et on connaîtra les prénoms des vendeurs des shipchandler du coin à force d’y aller ( le bricorama des marins ). Ok…j’exagère un peu. C’était surtout le cas au début, n’ayant pas pris assez de temps pour bien préparer le bateau.

Une fois les missions accomplies, il est temps de préparer le bateau pour la prochaine navigation. C’est à dire nettoyer et ranger. Plus c’est petit, plus le bordel est envahissant ! Mais surtout, chaque chose doit être à sa place. Vu le nombre de placard/rangement/coffre/trappes dont nous disposons, on peut facilement perdre un objet en le rangeant nonchalamment…et devenir fou pour le retrouver ! Imaginer ne pas trouver la lampe, le couteau ou le briquet en cas d’urgence, ça peut vite devenir une question de sécurité… Donc un bateau doit toujours être rangé. Et puis quand le bateau gîte, le moindre truc qui traîne fini en projectile sur la paroi d’en face !

En navigation pour plusieurs jours

En mer pour de longues traversées, nous sommes 90% du temps à l’extérieur dans le cockpit. Comme ça bouge souvent, nous sommes assis ou allongés sur les bancs.

Le top of the pop pour le marin, c’est le vent et les vagues dans le dos : le bateau est poussé par l’arrière, il avance vite et à plat. Le pire : devoir remonter face au vent, ce qu’on appelle le Prés. Là le bateau penche et on se prend un peu d’eau de mer car les vagues tapent sur la coque. Ce qui donne le plus le mal de mer, c’est les vagues de travers. Notre bête noire. Le bateau roule sans cesse, avec plus ou moins de violence selon la vague. Aucune stabilité, aucune régularité dans les mouvements. L’enfer sur mer.

La plupart du temps le pilote automatique est en marche, il faut juste vérifier régulièrement qu’aucun bateau ne va couper notre route et modifier le réglage des voiles si le vent change. On regarde les vagues à l’arrière qui font monter et descendre le bateau, elles égrainent le temps d’une langueur monotone… On scrute la mer à la recherche de dauphins, poissons, ou baleine ( le graal du marin ). Si on est en forme et que la mer n’est pas trop démontée, on laisse traîner deux lignes de pêches en espérant attraper un thon ou une dorade. Dans ces moments nous lisons beaucoup, nous écoutons quelques podcast ou de la musique et nous pensons dès le matin à ce que nous allons manger à midi ! On est souvent fatigués car on ne dort pas très bien la nuit, interrompue par les quarts. On essaye d’avoir des routines pour donner un rythme à la journée et au petit.

Le matin pour lui piscine dans sa baignoire si nous sommes assez stables, sinon jeux par terre dans le cockpit. A ce moment là, Adri dort encore car il a finit son quart de nuit à 5h ou 6h du matin. C’est moi qui surveille le bateau de 6h à 10h, et donc qui m’occupe de Laszlo le matin.  Il fait une sieste vers 11h, ce qui nous laisse le temps d’écouter un podcast France Inter ou France Culture : récit historique, chroniqueurs, émission d’actualité, philosophie, tout y passe ! Ensuite l’un fait manger Laszlo pendant que l’autre prépare le repas de midi. On l’installe sur un transat qui est calé entre la table et le canapé du carré, le salon en bas.

Le petit plaisir sucré au dessert : un café avec un carré de chocolat. Ok, j’avoue qu’on se goinfre aussi de madeleine dès qu’on a un peu faim… 🙂 Car le proverbe dit bien que pour éviter le mal de mer, il faut éviter les 4 F : la faim, le froid, la frousse, la fatigue.  L’après midi est souvent longue… on bouquine, on se relais pour jouer un peu avec Laszlo qu’on a installé au pied des escaliers, du côté où le bateau penche calé avec un édredon. Sinon il joue/dort dans sa cabine. Ces moments sont long pour lui aussi, il ne peut pas vraiment ramper à sa guise car le bateau bouge pas mal.

Quand le soleil commence descendre, on s’active pour préparer la nuit : repas des grands et du petit, changement de tenue pour parer à l’humidité du quart de nuit, coucher de Laszlo et sortie des harnais. La nuit, on se relais pour veiller sur le bateau du coup on s’attache pour ne pas risquer que l’un tombe à l’eau pendant que l’autre dort ! Je prends le quart de 21h à 1h, Adri du 1h à 5h…et hop, une nouvelle journée commence !

En cabotage

Caboter c’est faire de courtes navigations en journée pour atteindre une île ou un mouillage dans les environs. C’est le plaisir de la navigation le long des côtes. C’est aussi les moments où on reçoit les copains ! Il n’y a pas de routine, nos seules contraintes sont la météo qu’il faut prendre le matin et le soir. On regarde sur une carte les petites criques et les ports qu’il y a autour ou sinon nous allons à terre nous balader. On fait quelques courses en vue de faire des repas un peu plus élaborés, on s’imprègne de l’ambiance locale, on flâne. On fait attention à nos réserves d’eau si nous savons qu’il n’y a pas de port dans les environs pour remplir nos deux citernes de 200L. Ce qui veut dire qu’on fait la vaisselle à l’eau de mer grâce à une pédale sous l’évier de la cuisine, qu’on se lave dans la mer et qu’on se rince rapidement à l’eau douce en sortant. Idem pour laver le linge et nettoyer le cockpit. Quelle joie de jeter un sceau d’eau pour nettoyer le sol à l’extérieur ! On peut laisser tomber des miettes, manger salement et même laisser Laszlo cul nu faire un petit pipi 😉 Un grand sceau d’eau et hop, c’est oublié ! Un bateau est conçu pour évacuer l’eau qui pourrait se déverser après une grosse vague, donc elle ne stagne pas, elle retourne à la mer.

Finalement le plus dur dans la vie à bord, c’est de se supporter dans un espace réduit H24. Vous imaginez vivre avec votre mec et votre enfant tous les jours dans votre salon ? Nan. Dans la vie normale, chacun bosse ou vaque à ses activités puis tous le monde se retrouve le soir pour se raconter ce qu’il a vécu. La seule chose qu’on ne vit pas en commun, c’est les quarts de nuit. On se raconte le gros bateau qu’on a évité de justesse, ou le dauphin qui est venu jouer un peu à côté de la coque pendant que l’autre dormait. Voilà, voilà…passionnant.

Autant vous dire qu’il est important de bien s’entendre et surtout de communiquer !!! On s’aménage des plages libres sans l’autre et sans progéniture. Des moments off pour vivre des trucs sans l’autre. Le tout, c’est de se le dire 🙂

Voilà, le décor est planté, vous savez comment s’organise la vie sur un bateau. Je vous raconterai ensuite à travers de petites vidéo comment se déroule la vie à bord. Qu’est qu’on mange ? Comment on fait la cuisine ? Est ce qu’on se lave ? Et les fringues ? Comment on gère les déchets ? Et le petit, comment il est installé ? Bref, tout un tas de sujets palpitants qui méritent une réponse !